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dAmade

Texte intégral · Tome second

Le décès du baron Adolphe d’Amade

Décembre 1892. Le récit des derniers jours, écrit par son fils, suivi de l’état des services, des discours et des lettres de condoléances. Le seul morceau de littérature du recueil.

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LE DÉCÈS DU BARON ADOLPHE D’AMADE

à Toulouse, le 5 décembre 1892.

L’hiver de 1891-1892 avait laissé sa rude empreinte sur notre père. L’influcnza, qui avait fait son apparition l’année précédente, ne l’épargna pas deux années de suite: frappé une première fois en décembre 1891, notre père devait succomber un an plus tard à une nouvelle attaque de cette maladie. Sa robuste constitution l’avait habitué à mépriser les soins et les remèdes; il ne modifia pas d’une ligne sa vie de travail; son énergie, qui grandissait avec le mal, contribuait à nourrir, nous tous, l’illusion et l’espoir. chez Jusqu’au 4 décembre, veille de sa mort, notre père n’avait jamais interrompu ses fonctions de caissier: déjà cependant, dans le courant de novembre, une première alerte nous fut donnée. Notre père, après une longue séance à la Caisse d’Epargne, remontait dans sa chambre, lorsque soudain il s’affaissa dans les escaliers. La respiration, déjà très courte depuis plusieurs mois, lui faisait tout à coup défaut. Il lui

fallut l’aide du concierge pour regagner son appartement. Un mois auparavant, notre père avait pû faire, seul, le voyage de Toulouse à Libourne pour tenir sur les fonts baptismaux mon fils Albert. Ce fut son dernier déplacement: sa santé nous parut, à tous, fort ébranlée, et il fallut toute l’affection qu’il avait pour son petit-fils, dernière joie de sa vie, pour l’arracher à son travail et à son foyer, où commençaient à le tenir rivé les premières préoccupations d’une fin prochaine. Le voyage de retour à Toulouse se fit sans amener de surcroît de fatigue; mais, peu de jours après, les premiers froids d’un hiver rigoureux amenèrent brusquement une aggravation du mal. Ici se place cette première alerte, qui nous fut donnée au commencement de novembre: c’était l’époque à laquelle le colonel de Sainte-Croix, beau-frère, camarade d’enfance, ami intime de notre père, regagnait son poste à Monaco. Il avait l’habitude de s’arrêter toujours à Toulouse, et c’étaient pour eux deux des moments agréables, où l’on rappelait le passé, et où le bonheur de retrouver un ami, remettait du soleil au cœur de notre père et de l’espérance dans son âme. Cette année, où il en aurait eu tant besoin, il fut privé de cette joie. Notre oncle de Sainte-Croix, arrivé au terme de son congé, dut passer à Toulouse sans descendre. Un télégramme avisait notre père de cette nécessité et le priait d’aller à la gare: il ne put aller à ce rendez-vous; la veille il avait eu cette suffocation qui le mit, déjà, à deux doigts de la mort. Je vis mon père le lendemain de cet accident. Je le trouvai fort abattu; ses pieds étaient enflés, sa respiration courte; le médecin, toutefois, tout en constatant un état anormal du cœur, ne croyait pas à un danger prochain. Vou lait-il combattre, par une apparence de quiétude, les idées noires qui envahissaient, de plus en plus, l’esprit de notre

père? voulait-il donner à notre mère du courage et de l’espoir? A ces cruels moments, où l’âme cherche une âme amie pour épancher ses angoisses et se confier, Dieu envoya auprès de notre mère, pour l’aider dans sa douleur, M mH Bérail, la sœur de mon père. Ma sœur eut ainsi, à ses côtés, sa cousine Jeanne. Elles passèrent le douloureux hiver sous notre toit. Le 4 décembre 1892 était un dimanche: notre père le passa au travail. 11 descendit à son bureau à midi, reçut et enregistra toute la journée les versements à la Caisse d’Epargne et ne regagna sa chambre qu’après la fermeture des guichets, lorsqu’il eut arrêté, lui-même, ses comptes. Il était à bout de forces; ce fut sa dernière journée de travail, sa dernière journée de vie. Le lundi 5 décembre, il essaya de se lever pour aller à son bureau. Ses forces le trahirent, il dut s’aliter. Le médecin ne dissimula plus le danger. On m’envoya une dépêche à Montauban, on télégraphia à mon frère à Melun. J’arrivai

à Toulouse avec Marie à cinq heures du soir. Je courus à

la maison; notre père vivait encore: il nous attendait. Dans sa miséricorde infinie, enchaînant à jamais notre pieuse reconnaissance, Dieu nous permit de tomber dans ses bras et de recueillir encore ses derniers baisers. Après cette poignante effusion, une langueur s’empara de notre père: « Je meurs, dit-il, laissez-moi, n’augmentez pas ma crise. » Je lui dis encore: C’est moi qui suis auprès de vous, mon bon père, je suis venu avec Marie, a Je le sais, me dit-il, je vous remercie tous les deux d’être venus. » Quelques minutes après, notre père fit un dernier effort pour se tourner vers nous. Ma mère appela Jeanne. Nous l’entourâmes de nos bras. Jeanne et moi nous l’embrassâmes pour notre frère Bernard, et sur nos lèvres nous reçûmes son dernier soupir.

Malgré toute hâte, Bernard ne put arriver que le lendemain matin à 9 heures. Dans l’après-midi, en toute tranquillité d’âme, notre père s’était mis en règle avec Dieu: il avait reçu du vicaire de la paroisse Saint-Etienne les derniers sacrements, couronnement d’une vie toute de foi et de dévotion. Notre Saint Père le Pape, qui avait été avisé par dépêche de la gravité de l’état de notre père, daigna lui transmettre sa bénédiction apostolique. La nouvelle, expédiée de Rome à cinq heures, arriva à Toulouse après la mort de notre père: il ne connut pas en ce monde cette suprême et glorieuse faveur du Vicaire de Dieu, mais, en frappant aux Portes de Lumière, son âme aura vu briller sur le seuil, la Sainte Parole qui les lui ouvrait. La mort était, du reste, bien loin d’effrayer notre père: elle était une de ses pensées les plus fréquentes et les plus familières. S’en remettant en toute confiance, en toute sérénité d’esprit à Dieu pour l’heure suprême, notre père, toujours en règle avec sa conscience pour les choses de l’éternité, voulait aussi ne laisser derrière lui aucune difficulté pour le règlement des intérêts de ce monde. Scs comptes étaient admirablement clairs et précis, et sa succession put être réglée entre nous, comme si lui-même y eût présidé, en suivant pas à pas ses écritures et ses instructions, inspirées de justice, de concorde, de tendresse pour notre mère et pour nous. Il avait fait construire un caveau de famille dans le cimetière de Saint-Etienne-de-Tulmont, sur une portion de terrain, achétée à perpétuité, à côté de l’endroit où reposent tous nos parents. Lui-même présida à la construction et à tous les détails d’aménagement de cette dernière demeure, où Dieu lui réservait la première place. Je rappelle ici un désir de notre père, que nous n’avons connu que trop lard

pour lui donner satisfaction, lorsque la pierre du caveau était déjà scellée. Dans les instructions de notre père, il témoignait le désir que son épée fût enfermée à ses côtés dans son cercueil: on devra donc la placer dans le caveau de famille. Quelques heures avant sa mort, dans l’après-midi du 5 décembre, notre père reçut la visite de Gaston Darnis, son neveu, venu avec sa femme, Marthe de Sainte-Croix. Il eut encore une pensée d’amitié pour son beau-frère, le colonel de Sainte-Croix. « Vous lui direz que j’espère bien que Dieu nous gardera quelques arpents de terre dans la vallée de Josaphat, où nous pourrons chasser ensemble. » Les obsèques eurent lieu le 7 décembre, à 9 heures du malin, dans la cathédrale de Toulouse, au milieu d’une grande affluence des parents et des amis de notre père. Les honneurs militaires furent rendus sur le passage du cortège par une batterie d’artillerie; les membres de la société Saint-Martin, à laquelle appartenait notre père, étaient tous présents, et le président de la Société, Monsieur l’Inlendant militaire Viguié, se fit l’interprêtre des sentiments de tous, dans les termes éloquents que nous donnons plus loin. A midi, le train emportant la dépouille mortelle quitta Tou louse pour Montauban, où elle fut déposée sur un char orné de trophées militaires. Tous les officiers du 11 e régiment d’infanterie accompagnèrent le convoi dans la traversée de la ville, qui se fit sans arrêt. La dernière cérémonie religieuse eut lieu dans l’Eglise de Saint-Etienne-de-Tulmont, à 4 heures 1 /2 du soir. M. l’abbé Saint-Géniès, curé de

Saint-Etienne, accompagné de deux Pères Capucins qui se trouvaient là pour une retraite, donna l’absoute et récita les dernières prières devant la tombe. Il faisait déjà nuit lors que, brisés par les poignantes émotions de cette douloureuse journée, nous nous éloignâmes de Saint-Etienne. Depuis ce

jour, des couronnes, des croix, des souvenirs tapissent la porte et les murs du caveau de famille, où dans la Paix du Seigneur notre père repose son dernier sommeil. Les soldats de ma compagnie voulurent s’associer à notre deuil; une députation vint à Toulouse, et accompagna le convoi jusqu’à Saint-Etienne, déposant sur le caveau une grande couronne d’im mortelles, portant cette suscription: « Au père de notre capitaine. » Tous ces gages terrestres de nos souvenirs et de nos regrets, tous ces témoignages matériels de nos aspirations vers vous, que sont-ils, notre cher père, auprès du Culte que nous avons voué à votre sainte mémoire? Il est fait de vos bontés et de votre amour, il est le reflet éclatant de vos vertus et de votre noblesse, souvenir tutélaire, à l’abri duquel se sont formées nos idées d’enfants, s’est développée notre raison, a grandi notre cœur pour répondre au vôtre. Il nous dictera nos résolutions dans la vie. Comme Dieu qui nous l’inspira, comme nos âmes où vous l’avez à jamais gravé, il est immortel.

Les lettres de sympathie, les témoignages de toutes sortes qui parvinrent à notre mère ou à ses enfants, sont en nombre infini; nous ne pouvons pas les mentionner tous. Du moins, notre livre des actes de la famille doit reproduire les plus importants. C’est un suprême hommage rendu à la mémoire de notre père; ce doit être aussi un exemple à mettre sous les yeux de ceux qui appartiennent ou qui appartiendront à la famille, et qui auront à cœur de la perpétuer.

ETAT DES SERVICES DE M. ADOLPHE D’AMADE. Né le 21 décembre 1821 au château de Barayroux, canton de Nègrepelisse, département de Tarn-et-Garonne. Fils de Jean-Joseph d’Amade et de dame Justine-Gérarde de Montbrun.

SERVICES ET POSITIONS DIVERSES. Elève àl’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, le 1 er octobre 1840. — Sous-lieutenant au 21 e léger, le 1 er octobre 1842. — Lieutenant au 21 e léger, 30 septembre 1840. Capitaine au 21 e léger, 30 novembre 1851. Capi — — taine au 1T bataillon de chasseurs à pied, 25 décembre 1853. Adjoint de 2 classe à l’intendance militaire, 26 avril e

1856. — Adjoint de 1 r ° classe à l’intendance militaire, le 30 décembre 1858. — Sous-intendant de 2 classe à l’in e

tendance militaire, le 11 août 1867. Sous-intendant de — 1 re classe, le 30 janvier 1871.

CAMPAGNES En Italie en 1851. — En Orient en 1851, 1855, 1856. — En Afrique en 1867, 1868, 1869, 1870. — Armée de la Loire en 1871. — En Afrique en 1873, 1874, 1875, 1876, 1877, 1878, 1879, 1880, 1881.

A reçu la médaille de Crimée en 1856; chevalier de la Légion d’honneur le 13 mars 1861; chevalier de la Couronne d’Italie, le 11 mars 1870; commandant de l’ordre d’Isabelle-la-Catholique, le 19 février 1872; commandeur du Nicham-Iftickar, le 10 juillet 1875; chevalier de Saint— Grégoirc-le-Grand, le 9 mars 1876; commandeur de Saint-Sylvestre, le 9 mars 1876, officier de la Légion d’honneur, le 30 juillet 1878; officier de l’Instruction publique, le 1 Pr janvier 1881.

Discours prononcé par M. l’Intendant militaire Viguié, en RETRAITE A TOULOUSE, AUX OBSÈQUES DE M. ADOLPHE d’Amade.

c Messieurs, Il y a quelques jours seulement je serrais la main de mon ami d’Amade et j’étais loin de penser que cette étreinte dût être la dernière. Inclinons-nous devant les desseins de la Providence, ne cessons pas d’honorer la mémoire de nos chers morts, et de recommander ces exemples à ceux qui nous ont suivis dans la carrière. L’état des services que vous venez d’entendre est le plus éloquent résumé de la vie militaire administrative de notre regretté camarade. Partout où le devoir l’a appelé, il a laissé des amitiés sincères et excité des dévouements durables, parce qu’on ne pouvait le connaître sans l’aimer et sans être attiré par la bonté de son cœur, l’élévation de ses sentiments et le charme de ses relations.

Dans ses fonctions administratives, souvent bien délicates et parsemées d’écueils, il a eu le rare mérite de conserver l’affection de tous, sans rien sacrifier de l’autorité de chef et des exigences rigoureuses du devoir. Il laisse dans l’armée une réputation des plus pures, à scs successeurs de beaux exemples, à sa famille désolée

l’estime qui s’attache toujours à un nom noblement porté et les espérances consolantes offertes par la religion à l’homme de bien. Je vous dis adieu, mon cher camarade et ami, ou plutôt au revoir dans un monde meilleur. Nos cœurs vous resteront fidèles et garderont à votre mémoire le culte d’un pieux souvenir. » Reproduit par les journaux de la région, Express du Midi du 8 décembre 1892, Courrier de Tarn-et-Garonnc, Ralliement, etc., etc. et par la France Militaire du 14 décembre 1892, n" 2004.)

Extrait de la délibération du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Epargne et de Prévoyance de Toulouse, du 7 décembre 1892.

Monsieur le Président annonce au Conseil la perte que le Conseil vient de faire en la personne de M. d’Amade, caissier. M. d’Amade a, pendant dix ans, consacré tous ses soins à la gestion de la Caisse avec un dévouement et une assiduité au-dessus de tout éloge. Pendant tout ce temps, la Caisse n’a pas eu une difficulté dans sa gestion. Les rapports de M. d’Amade, soit avec les Autorités, soit avec les Directeurs, ont toujours été empreints d’une aménité parfaite. Aussi, M. le Président est convaincu que tous les membres du Conseil s’associeront aux profonds regrets qu’il éprouve. Messieurs les administrateurs, l’unanimité, s’associent à

aux paroles de M. le Président et expriment le désir que M. de Puvmirol veuille bien être l’interprète de ces sentiments auprès de la famille de M. d’Amade. Pour copie conforme: Le Secrétaire: S. Do AT.

Ma douleur a été bien vive en apprenant, par la courtoise lettre de Monsieur votre neveu, le deuil infini qu’il a plu à Dieu de vous infliger. Ce n’était pas seulement le gentilhomme accompli, le parfait chrétien, que j’aimais et respectais en M. d’Amade, mais encore le vaillant officier qui, à son premier pas dans la carrière, avait connu et pu apprécier mon père; il m’avait fait la joie de me l’écrire en des termes particulièrement touchants, et je lui en avais une gratitude extrême. 11 n’est rien que la foi, Madame, pour atténuer l’amer

tume de si cruels déchirements, et je sais que votre âme en est généreusement imprégnée. La foi est faite d’espé rance l’espérance de l’éternel revoir. fdon souvenir demeurera fidèle à celui que vous pleurez, Madame, et mes humbles prières ne lui feront pas défaut. Le Conseil Héraldique de France et l’Association des Chevaliers Pontificaux s’associent à vos regrets, à ceux de votre famille, et c’est en leur nom comme au mien, que j’ai l’hon neur de vous exprimer les plus vives condoléances. Veuillez bien agréer, Madame, ainsi que mes plus respectueux hommages, et dire ma gratitude à Monsieur votre neveu. Vicomte de Poli. Paris, 19 décembre 1892.

Analyse du livre « LÉGION D’IIONNEUR » Médailles militaires ou commémoratives, décorations et Ordres Etrangers,

Dès l’antiquité la plus reculée, on voit la société se préoc

cuper du mérite individuel et instituer, dans ce but, des distinctions spéciales en faveur des concitoyens qui, par des

actions publiques, s’étaient mis en évidence ou avaient rendu des services signalés à leur patrie. Ces distinctions ont varié suivant l’esprit des nations, suivant leur grandeur ou leur simplicité: tantôt ce sont des couronnes civiques, des palmes, des armes ou des attributs de guerre; tantôt, en Grèce et à Rome surtout, ce sont de véritables monuments, des colonnes, des arcs de triomphe, des statues et des temples qui s’élèvent en l’honneur des grandes individualités. A la suite du christianisme, où l’esprit d’association se développe de bonne heure, apparaissent les ordres religieux et militaires. Tous ont pour but l’honneur, le mérite, la valeur, les nobles actions et particulièrement le dévouement, c’est-à-dire l’immolation du moi à l’intérêt général; tous ont pour emblème la croix avec des distinctions dans la forme, la couleur, le métal, suivant les ordres et suivant les grades de ces ordres. Aujourd’hui, les ordres de chevaliers sont bien différents de ce qu’ils étaient jadis et ont perdu leur caractère religieux; cependant, bien que le christianisme ne soit plus le but à atteindre, la croix est restée généralement le signe caractéristique des divers ordres modernes. Quant aux sentimenls d’honneur et de courage, ce sont toujours les mobiles qui distinguent les membres des diverses institutions honorifiques dans tous les temps et tous les pays. Dans le volumineux ouvrage qu’il a publié sur ce sujet, M. d’Amadc passe successivement en revue la Légion d’hon neur et la médaille militaire; les médailles de Saintcllélène, de Crimée, de la Baltique, d’Italie, de Chine, du Mexique, du mérite militaire, de Sardaigne, de Mentana, etc., et donne de chacune de ces décorations, un historique succint de ces décorations, un historique succint en même temps que la législation qui le concerne.

Un autre chapitre est consacré aux distinctions universitaires et diocésaines, et à la législation française relative aux ordres de chevalerie étrangers. Vient ensuite une étude sur les ordres étrangers, qui commence à l’ordre du Christ des Etats de l’Eglise, pour finirà l’ordre de la Rose du Brésil, en passant par les principales

distinctions honorifiques de la Grande-Bretagne, de Grèce, de Belgique, d’Espagne, de Portugal, de Turquie, d’Italie, d’Autriche, de Prusse, des Pays-Bas, de Russie, de Dane mark, de Suède et d’Allemagne, etc., etc. L’ouvrage se termine par un aperçu historique sur les ordres français et étrangers renommés qui ont cessé d’exister, une biographie sommaire des grands chanceliers delà Légion, et, enfin, 25 planches qui contiennent 142 gravures représentant les principaux insignes dont il est parlé dans l’ouvrage. Le livre de M. d’Amade est l’œuvre d’un érudit doublé d’un écrivain de première marque; très documenté, il est d’une valeur inappréciable pour les chercheurs et les curieux: pour tous, sans exception, ils est d’une lecture facile et attrayante, grâce aux mille détails historiques et aux anecdotes qu’il renferme et qui ne lui laissent rien de l’aridité que pourrait faire supposer son titre.

Lettre de Monsieur le Chanoine Pottier, president de la Société Archéologique de Tarn-et-Garonne.

SOCIÉTÉ Lundi soir (7 décembre 18:2). ARCHÉOLOGIQUE DE Tarn-et-Garonue --wt—

le Président Cher Capitaine et Confrère,

J’apprends à l’instant, avec une bien vive douleur, le mal heur qui vous frappe et nous atteint. Soyez bien assuré, je

vous en conjure, de ma complète union avec vous et les vôtres dans cette cruelle épreuve. Ah! combien j’appréciais votre si excellent père! tout en lui était si intelligent, si bon, si droit. Quel parfait commerce on avait avec lui et que de fois nous nous sommes plu à rappeler les relations d’amitié et de parenté qui unissaient nos familles dans le passé. Mais si j’avais pu apprécier ses rares et chrétiennes qualités, il doit vous être une consolation de penser que Dieu l’en récompense. Fernand Pottier, ch. hon.

Montauban, le 7 décembre 1892.

SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE TARN-ET-GARONNE. — Monsieur le Capitaine et cher Confrère, vous me permettrez de venir de nouveau à vous; c’est au nom de la Société Archéologique à laquelle Monsieur l’Intendant d’Amade apportait autant d’honneur que de dévouement. J’ai à vous assurer de la part si grande que notre compagnie prend à votre douleur, et à vous prier d’agréer l’expression d’un hommage qu’elle eût voulu pouvoir rendre public à ses funérailles. La vie si noblement et si chrétiennement remplie de votre honoré père vous rend fier de lui et vous donne droit aux seules consolations; elles viennent du Dieu qui récompense les bons. Croyez-le bien, vos confrères vous sont unis dans un même culte de souvenir et de regrets, dans les mêmes prières et la même fidélité à sa mémoire.

Madame d’Amade, aux membres de votre famille, et croire, cher Capitaine, à toute ma sympathie, à mon cordial attache ment. Le Président: Fernand Pottier, chan. hon.

SOCIÉTÉ Séance du 7 décembre 1892. ARCHÉOLOGIQUE DE Allocution du Président. Tarn-et-Garonne (Extrait du procès-verbal). Depuis la mort du général Séatelli, voici une autre tombe ouverte, c’est encore un homme de l’armée et de la science; il fut nôtre dès les premières années de notre fondation. Lundi soir, nous recevions un télégramme nous annonçant la mort presque subite de notre confrère, Monsieur l’intendant d’Amade. Celui-Là nous appartenait par le berceau de sa famille placé dans notre Gascogne, famille devenue Montaibanaise. L’attachement aux ancêtres, l’amour du sol natal, des liens étroits avec notre compagnie, l’ont suivi dans de lointaines garnisons, et si l’érudit a écrit un livre de valeur sur les ordres civils et militaires, un monument a été également élevé par lui pour rappeler le passé de scs pères. Pro aris et focis. Il avait raison, Messieurs, car il mérita la plus estimée de ses décorations; il appartenait à un foyer d’honneur, et l’autel auquel il resta toujours fidèle ôtait l’autel chrétien. Son nom, nous ne saurions l’oublier, restera vivant parmi nous; il csl porté par un fils qu’il nous présenta luimême, et ce fut sa meilleure contribution à notre œuvre qu’il aimait tant.

Ce soir nous devions entendre une lecture du capitaine d’Amade; elle s’est changée en une douloureuse communication, à laquelle je répondrai, Messieurs, par le témoignage de notre profonde sympathie.

Lettre de M. le général de division Warnet, commandant le 17 corps d’armée. e

Mon cher d’Amade, J’ai appris avec un vif chagrin la mort de votre excellent père. Il a eu du moins la satisfaction de voir votre carrière bien dessinée. Je prends une vive part à votre douleur, et vous envoie l’expression de toutes mes sympathies.

Votre affectionné: Général Warnet.

Paris (Hôtel Continental), le 11 décembre 1892.

Lettre de M. le général Tisseyre, chef d’état-major de M. LE GÉNÉRAL COMMANDANT LE 17 e CORPS d’aRMÉE.

Mon cher d’Amade, J’ai trouvé, en rentrant de Paris, la lettre par laquelle vous avez bien voulu m’annoncer la mort de votre père. Je vous prie de croire à mes sentiments de douloureuse sympathie. J’aurais voulu me trouver à Toulouse pour répondre à ce que vous m’avez demandé, et j’ai regretté de ne pas

— vous avoir assisté, même dans cette mesure. J’avais pu apprécier les qualités qui distinguaient Monsieur votre père et je lui avais donné une partie de la sympathie que j’ai toujours éprouvée pour vous. Je vous serre cordialement la main.

Votre tout dévoué, Général Tisseyre.

Lettre de M. le colonel Mercier de Sainte-Croix, commandant LES d’honneur DE SoN GARDES ALTESSE SÉHÉ-

nissime le prince Charles de Monaco.

Monaco, le 11 décembre 1892.

Merci de ta si affectueuse lettre. Elle m’a fait du bien, car j’ai besoin aussi de consolations. Sans comparer ta douleur à ce que j’éprouve, tu dois comprendre que la triste fin d’une amitié sans aucun nuage qui m’unissait à ton cher père depuis plus de 60 ans, est chose bien amère. Je trouve avec bonheur dans un passage de ta lettre des pensées qui sont les miennes, car moi aussi je reporterai sur loi et les tiens l’affection que j’ai toujours ressentie pour le cher absent, tant que je vivrai. Que Dieu daigne exaucer les vœux que tu formes en me souhaitant encore de nombreuses années; mais à mon âge, il est bien difficile de se nourrir d’illusions en présence de tant de tombes déjà fermées. Enfin, espérons toujours, car je jouis d’une santé parfaite en ce moment.

Ma chèreMarthe s’est obstinée à répondre par lettres à mes télégrammes, pendant les derniers moments de ton cher malade; sans cela j’aurais tenté l’impossible pour figurer auprès de toi et de mon fils aux obsèques de ton père. J’ai été profondément touché, d’après Marthe, de l’attitude du cher Adolphe pendant sa longue agonie, où il a parlé sans cesse de moi et de mes enfants. Il a chargé Gaston de ne pas oublier de dire à Henri et à Ludovic qu’il avait pensé à eux jusqu’à sa mort. Cette noble fin, tout en nous comblant de reconnaissance, doit être aussi une source de consolation pour nous, car cette sérénité d’âme, à un pareil moment, prouve combien il envisageait sans appréhension le bel avenir de ses enfants. J’ai eu le plaisir d’écrire déjà à ta mère; mais n’oublie pas de lui rappeler encore combien je prends part à sa tristesse, lorsqu’elle te rejoindra à Montauban.

Lettre de M. le colonel Mignot, commandant le 144 e RÉGIMENT D’iNFANTERIE.

Bordeaux, le 19 décembre 1892.

Mon cher ami, Votre lettre me va bien au cœur, et je prends part à votre deuil comme à celui d’un des miens, car je vous aime pro fondément et j’aimais votre père dont la physionomie respirait la droiture et la loyauté. J’ai été bien heureux d’entrer en relation avec lui à propos d’un glorieux évènement de notre histoire militaire, où votre famille a joué un rôle patriotique et chevaleresque (il s’agit de la bataille de Castillon). Aussi

j’avais conservé de lui et je conserverai toujours le souvenir dû à un rejeton de nos plus chères et nos plus vieilles familles guerrières. Quant à vous, mon cher ami, je vous plains de toute mon âme, et vous avez raison de croire que la Providence continuera votre avenir, car vous en êtes digne, etc.

Lettre de M. le vice-amiral marquis Gicquel des Touches, ANCIEN MINISTRE DE MARINE.

Versailles, 30, rue du Sud, 12 décembre 1892.

Mon cher d’Amade, Nous avons été péniblement surpris en recevant votre lettre. Nous ignorions la maladie de votre père et nous pensions qu’il vous donnerait encore bien des années. Vous avez raison de le pleurer, car il vous aimait bien et sa correspondance en faisait foi. Il faut dire que vous lui avez donné, mon cher ami, bien des satisfactions, et je comprends avec quelle impatience il désirait vous bénir une dernière fois avant de fermer les yeux. Il aura joui de voir votre sort assuré, votre fils assurer votre bonheur dans l’avenir et votre mérite enfin récompensé, je l’espère, bientôt. La tâche ôtait accomplie, il lui restait à en recevoir la récompense. J’accepte avec bien de la reconnaissance la proposition que vous nous faites de reporter sur nous une partie de l’affection que vous lui portiez. Nous n’avons pas perdu notre temps, mon cher d’Amade, en vous témoignant un intérêt, que vous avez su si bien mériter et nous vous le conserverons amplement, soyez-en sûr. Votre affectionné: Vice-amiral marquis Gicquel des Touches.

EXTRAIT DE L’ARMORIAL FRANÇAIS Revue Mensuelle, publiée sous la directiou de M. de Morthomier. 193, rue de l’Université, Paris, Quatrième année. — Décembre 1892. — N° 65.

Le 5 décembre le comte Adolphe d’Amade, sous-intendant de 1 re classe en retraite, officier de la Légion d’hon neur et de l’Instruction publique, comte romain, commandeur de Saint-Grégoire-le-Grand, de Saint-Sylvestre, d’Isabelle-la-Gatholique et du Nicham Iftikar, chevalier du Christ du Portugal, caissier de la Caisse d’Epargne de Toulouse, était enlevé à l’affection des siens à l’âge de 71 ans. Fils de Messire Jean-Joseph d’Amade, écuyer du Roi, ancien magistrat, et de Justine-Gérarde-Marie-Josèphe de Montbrun, M. Adolphe d’Amade, né en 1821, sortit de Saint-Cyr en 1842 dans l’Infanterie légère; promu capitaine en 1851, il passa en 1855 dans le corps de l’intendance et fut promu sous-intendant de 2 l! classe en 1867 et de 1 r ° classe en 1871. Après avoir fait les campagnes de Rome, de Crimée, d’Afrique et de France, où il mérita scs titres et ses décorations, admis en 1882 à la retraite, il continua jusqu’à sa mort à se rendre utile à ses concitoyens. M. d’Amade avait épousé en premières noces M ilu Marie Mieulet de Ricaumont, fille de M. de Ricaumont et de M’" c née de Peyles-Monlcabrier, dont il ne laissa qu’un fils, M. Albert d’Amade, capitaine au 11 e d’infanterie, chevalier de la Légion d’honnenr, qui a épousé sa cousine M 11 " de Ricaumont. Devenu veuf en 1859, le comte d’Amade épousa en secondes noces Mlle Augusta de Celléry d’Allens, fille du baron deCellery d’Allens et d’Adelaïde-Gabrielle Borrégée du Tertre.

De cette seconde union il laissa un fils, M. Bernard d’Amade, lieutenant au 2 e Hussards, marié à M ^ Challe,

et une fille, ill llc Jeanne d’Amade. La maison d’Amade anciennement établie en Languedoc, remonte à Pierre, consul à Castelsarrasin, et à son fils Ber nard, aussi consul. Elle était représentée en 1789 à l’As semblée de la noblesse de Toulouse par un d’Amade, seigneur de Joye, et a fourni de nombreux officiers. Elle s’est alliée en ce siècle aux familles de Celléry d’Allens, Mieulet de Ricaumont, Mercier de Sainte-Croix, de Jay de Beaufort, de Moriès, de Montbrun, etc.

Armes: D’argent, au lion de sable, armé et lampassé de gueules; au chef d’azur, chargé de trois besants du champ.

Pour d’Amade, consulter les N J “ 29, 37 et 48.

Transcription automatique corrigée. Les césures ont été recollées à l’aide d’un lexique français, les abréviations développées, les coquilles d’océrisation les plus fréquentes redressées. En cas de doute, le fac-similé fait foi.