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dAmade

Le général d’Amade · 1914-1918

Retour à Gallipoli

1914-1915, le Nord puis l’Orient

En avril 1915, le général d’Amade débarque à la pointe de la presqu’île de Gallipoli. Soixante ans plus tôt, presque jour pour jour, son père y servait comme adjoint à l’intendance de l’armée d’Orient. Aucun des deux ne l’a jamais écrit.

Hors du chartrier

Comme la page précédente, celle-ci ne repose pas sur les deux volumes. Les faits rapportés ici relèvent de l’histoire militaire générale ; on s’en tient à ce qui est solidement établi, et l’on signale ce qui reste discuté.

Août 1914 : le groupe des divisions territoriales

À la mobilisation, Albert d’Amade reçoit le commandement du groupe des divisions territoriales — des unités de réservistes âgés, faiblement encadrées, mal équipées en artillerie — chargé de couvrir le nord du dispositif français, à la charnière du corps expéditionnaire britannique.

C’est une mission ingrate : tenir un flanc ouvert, avec des troupes que nul n’avait prévu d’engager en première ligne, devant l’aile marchante de l’armée allemande. Les semaines d’août et de septembre 1914 dans le Nord — Cambrai, Le Cateau, Arras, Douai — font partie des épisodes les plus confus de la campagne, et les plus discutés ensuite.

Il est relevé de ce commandement à l’automne 1914.

Février 1915 : le Corps expéditionnaire d’Orient

L’état-major le rappelle pour une mission d’une tout autre nature : commander le Corps expéditionnaire d’Orient, la contribution française à l’opération des Dardanelles, conçue à Londres pour forcer le détroit, atteindre Constantinople et rouvrir la route de la Russie.

Le choix n’est pas absurde. On a besoin d’un général capable de travailler avec les Britanniques, de comprendre un état-major étranger, de conduire une opération interalliée. Le général d’Amade a été attaché militaire à Londres et observateur en Afrique australe ; c’est exactement son métier.

25 avril 1915

Le jour du grand débarquement allié, la division française exécute une opération de diversion sur la rive asiatique du détroit, à Koum-Kaleh, en face de Sedd-ul-Bahr ; elle enlève le village, tient contre les contre-attaques, et rembarque au bout de deux jours, sa mission remplie.

Le corps français est ensuite reporté sur la rive européenne, à la pointe de Helles, où il tiendra le flanc droit du dispositif britannique — le secteur de Kereves Dere — pendant les batailles d’usure de mai et juin.

La coïncidence

En mai 1855, l’intendant général de l’armée d’Orient désignait l’adjoint de 2<sup>e</sup> classe Adolphe d’Amade «  pour être adjoint à M. le sous-intendant militaire Cayol, à Gallipoli  ». Il y resta un an, chargé des subsistances.

Soixante ans plus tard, son fils débarque à quinze kilomètres de là. Le père tenait les magasins d’une guerre qui s’enlisait ; le fils commande une opération qui s’enlisera. Rien, dans le recueil ni dans les mémoires du général, ne relève ce rapprochement.

Mai 1915 : le relais

Le commandement du corps français passe au général Gouraud en mai 1915. Les raisons du changement ont été diversement interprétées — usure, désaccords sur la conduite de l’opération, arbitrages parisiens.

L’expédition des Dardanelles, elle, est un échec, et un échec dont les responsabilités se discutent encore : elle fut décidée à Londres, mal dotée, conduite sur un terrain qui favorisait extraordinairement le défenseur, et abandonnée en janvier 1916 après huit mois et des pertes considérables des deux côtés.

Après

Le général d’Amade a laissé des mémoires de guerre, et une relation particulière de l’affaire des Dardanelles. Comme tous les textes de ce genre, ils sont à la fois une source de premier ordre et une pièce de la polémique : à lire comme tels.

Il meurt en 1941, à quatre-vingt-quatre ans, ayant traversé le Tonkin, la Chine impériale, le Maroc, la Somme du Nord et le détroit des Dardanelles.


Il y a des familles dont la mémoire tient dans un caveau de village. Celle-ci tient dans un caveau de village, deux volumes imprimés, un brevet du prince Kong et une plage de Turquie.