Le général d’Amade · 1856-1894
L’enfant de décembre
Ce que le chartrier sait du général
Sur les trente-cinq premières années d’Albert d’Amade, on dispose d’une source que peu de généraux français possèdent : les papiers réunis par son père, au fur et à mesure, sans intention d’histoire.
La plupart des biographies de généraux commencent au premier commandement. Celle-ci peut commencer au bulletin de notes.
Une naissance, une date, une adresse
L’acte est d’une précision administrative parfaite :
Naissance d’Albert-Gérard-Léo d’Amade, le 24 du courant, à 10 heures du matin, Allées Lafayette, 53, à Toulouse, fils de Adolphe d’Amade, adjoint à l’intendance, et de Marie-Thérèse-Amélie de Ricaumont, mariés et domiciliés dans ladite maison.
Témoins : Léo de Ricaumont, employé des finances à Paris, frère de la mère — qui sera, trente-cinq ans plus tard, son beau-père — et Gustave Sacaze, de l’hôtel de la rue du Sénéchal.
Une tradition contre un acte
La notice historique du manoir des Barayroux affirme qu’Albert d’Amade y est né. L’acte d’état civil dit Toulouse. On suit l’acte. La tradition n’est pas pour autant absurde : les Barayroux restaient la maison de famille, et c’est là qu’il passa ses enfances — mais on n’y naquit pas ce 24 décembre-là.
Trois semaines, deux deuils
Le 4 mai 1859, sa mère meurt à trente ans. Le 24 mai, sa grand-mère maternelle meurt à son tour, à cinquante-six ans. Il a deux ans et demi.
Son père se remariera en 1861 avec Augusta de Celléry d’Allens, et lui donnera un frère et deux sœurs. Le recueil, qui suit tout, ne laisse jamais paraître entre eux la moindre distance : c’est une famille recomposée, et elle tient.
Janvier 1868 : le Prytanée
Une lettre de Libourne, datée du 10 février 1868, mentionne au détour d’une phrase le voyage qui a changé sa vie. Amélie de Ricaumont, sa tante, vient de mourir ; sa dernière lettre, du 7 janvier, remerciait son beau-frère « de la visite qu’il lui avait faite en allant conduire son neveu Albert d’Amade au Prytanée militaire ».
Il a onze ans. Il en sortira officier.
Numéro 29 sur 400
Le 18 avril 1874, il est reçu bachelier ès sciences devant la faculté de Rennes. Le 13 octobre, le ministre de la Guerre le nomme élève à l’École spéciale militaire, « porté sous le n° 29 de la liste de classement ».
La nouvelle traverse la famille en une semaine. Le général commandant le Prytanée écrit de La Flèche ; le préfet maritime écrit de Lorient ; le proviseur écrit ; l’oncle Danglade écrit de Libourne, un peu vexé de ne pas l’avoir appris du jeune homme lui-même :
Résultat inespéré et qui témoigne d’un passé d’élève hors ligne. Il aurait été heureux d’apprendre ce résultat par Albert lui-même.
Le premier accident
Sous-lieutenant en 1876, il sert aux tirailleurs algériens — Blidah, Sétif, Constantine — puis passe au 143ᵉ de ligne et fait la campagne de Tunisie en 1882. Breveté, détaché à l’École supérieure de guerre.
Le 7 janvier 1884, il est blessé à Paris « dans un accident d’équitation ». Trois témoins certifient les faits ; le conseil d’administration de l’École certifie les signatures des témoins. C’est l’un des rares documents du fonds qui touche à son corps.
Officier d’ordonnance du ministre
En janvier 1885, le lieutenant breveté d’Amade est désigné pour servir comme officier d’ordonnance du général Lewal, alors ministre de la Guerre. Il passe capitaine dans l’année.
C’est la charge qui ouvre tout : on y voit fonctionner l’administration centrale, on y rencontre ceux qui décident. Un an plus tard, il est au Tonkin.
Le reste de son histoire ne se lit plus dans les papiers de son père.