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dAmade

Le général d’Amade · 1886-1901

Quatre ans à Tien-Tsin

Le Tonkin, la Chine, et le métier d’observateur

Attaché militaire n’est pas un poste d’attente. C’est une fonction de renseignement, de représentation et d’analyse — et c’est celle qui a formé le général d’Amade bien plus que le commandement de troupe.

Le fonds s’arrête en 1894. Mais il contient, pour les années 1886-1891, une matière que les archives militaires ne donnent pas : les télégrammes privés, les lettres de félicitations, les brevets étrangers — le quotidien d’un poste diplomatique.

Tonkin, 1886

Le 9 mai 1886, de Haïduong, le colonel Brissaud envoie au capitaine d’Amade son consentement pour l’incorporer au 4ᵉ régiment de tirailleurs tonkinois.

Six mois plus tard, un journal de la colonie, L’Avenir du Tonkin, le mentionne parmi les délégués chargés d’accompagner de Hanoï à Haïphong « les restes mortels de M. Paul Bert, résident général » — mort du choléra le 11 novembre 1886, après huit mois de mission.

En novembre encore, le général Munier, commandant en chef au Tonkin, écrit au père pour accuser réception de ses remerciements à l’occasion de la Légion d’honneur obtenue par le fils.

Tien-Tsin, 1887-1891

En novembre 1887, la même France militaire annonce que « M. d’Amade, capitaine breveté, attaché militaire à la légation de Chine, est désigné pour être attaché militaire auprès de… ». Il succède au comte Walewski ; le capitaine Bonniot de Fleurac lui succédera.

Il réside à Tien-Tsin, le port de Pékin, où se tiennent les concessions étrangères et le vice-roi du Tché-li. Un visa de débarquement du 27 mai 1887, délivré par le consul de France, ouvre la série.

Quatre années dont le fonds garde des traces inattendues : une lettre du colonel Kessler, en 1888, « heureux d’avoir contribué à son maintien à Tien-Tsin » ; une lettre de l’amiral Gicquel des Touches, en septembre 1888, qui fait circuler dans la famille « une lettre très intéressante que le capitaine d’Amade, attaché militaire en Chine, lui a écrite » ; un congé de trois mois en mai 1889, accordé par dépêche télégraphique du département des Affaires étrangères.

Le Double-Dragon

La pièce la plus singulière du recueil est chinoise.

Le 21 janvier 1891, avant son départ, le Tsong-Li-Yamen — le bureau des affaires étrangères de l’empire — délivre au capitaine d’Amade le brevet de l’ordre du Double-Dragon. Le texte commence ainsi :

Le prince du premier rang Kong et ses collègues, les membres du Conseil impérial chinois des affaires étrangères, ayant présenté au Trône un rapport demandant que les règlements…

Qui est le prince Kong

Yixin, prince Gong (1833-1898), demi-frère de l’empereur Xianfeng, fut pendant trente ans l’homme des affaires étrangères de la dynastie Qing : négociateur des conventions de Pékin en 1860, fondateur du Tsong-Li-Yamen en 1861, principal artisan de la politique dite d’«  auto-renforcement  ». Un brevet signé de lui n’est pas une décoration de circonstance.

Le brevet est enregistré à la légation de la République française à Pékin sous le n° 217. Trois semaines plus tard, un télégramme officiel impérial, transmis en caractères chinois, parvient à Tien-Tsin : «  Décret décoration reçu. Félicitations.  »

Le retour

Le 7 mai 1891, à cinq heures du soir, il télégraphie de Marseille à son père, débarquant du Salazie :

Heureux retour. Bonne santé. Reçu toutes lettres le long de la route.

Trois mois plus tard, il épouse sa cousine à Libourne. La France militaire résume sa situation en deux lignes :

Le capitaine d’Amade, qui vient de rentrer de Pékin, a été pendant quatre ans attaché militaire à la légation de France en Chine, où il avait remplacé le comte Walewski.

Londres, l’Afrique australe, la Chine encore

Au-delà du fonds

Ce qui suit ne provient plus des deux volumes, mais de l’historiographie générale et des publications de l’intéressé. On l’indique chaque fois que c’est le cas.

La décennie suivante prolonge le même métier. Attaché militaire à Londres, il observe l’armée britannique au moment où celle-ci s’engage en Afrique australe, et publie sur cette campagne — un genre alors très pratiqué par les états-majors européens, qui s’instruisaient les uns des autres par observateurs interposés.

En 1900-1901, il sert dans le corps expéditionnaire de Chine envoyé après le siège des légations, dans un dispositif international qu’il connaissait mieux que quiconque, pour y avoir vécu quatre ans.

C’est cet homme-là — un observateur, un rédacteur de rapports, un familier des états-majors étrangers — que l’on enverra commander au Maroc en 1908.