Chapitre 1 · 1600-1730
Des consuls de Castelsarrasin
Comment une famille entre dans l’écrit
Avant d’être une famille noble, les Amade sont une famille de papiers. Leur histoire commence là où les registres commencent — et ce commencement-là n’est pas une origine, c’est une limite d’archives.
Il faut se défaire d’une idée. Une famille ne « commence » pas au premier nom qu’on trouve d’elle. Elle commence là où s’arrête ce que l’on a gardé.
L’auteur du recueil le dit lui-même, sans détour, dès la première page de sa notice sur la branche de Castelsarrasin :
Les actes déposés à la mairie de Castelsarrasin, où habitait la famille d’Amade en 1650, ne remontent guère plus haut que 1620 : ce sont les actes rédigés par la paroisse, afférents aux naissances, baptêmes, mariages ou morts.
Tout ce qui précède 1620 relève donc de l’hypothèse, et le recueil le traite comme telle. On sait qu’en 1600 vivait, sur le territoire de Finhan et de Castelsarrasin, « une famille portée dans les actes publics sous le nom de noble Amade du Barry » ; on sait qu’elle avait « des liens très-certains » avec Pierre Amade. On n’en sait pas plus, et le recueil s’arrête là.
Le plus ancien acte
Le premier nom daté est celui d’une petite fille. Le 22 septembre 1624, à Castelsarrasin, est baptisée Catherine, fille de Jean Amade et de Catherine de Chalon ; parrain Anthoine Dupuy de Saint-Martin, marraine Peyronne de Latour. Le registre porte, dans un même acte, le père sous le nom d’Amade et la fille sous celui de Damade.
Cette hésitation d’une ligne à l’autre n’est pas une négligence de curé. C’est l’état normal du nom pendant deux siècles, et le recueil y consacre l’un de ses plus beaux passages :
Autrefois la particule n’était pas obligatoire pour caractériser ceux qui étaient reconnus appartenir à la noblesse ; notre nom patronymique est très sûrement Amade, cependant beaucoup d’actes officiels désignent plusieurs membres de la famille sous le nom de Damade sans apostrophe ; d’autres, quand ce nom s’applique à une femme, ne séparent pas seulement le nom par l’apostrophe mais l’inscrivent en deux mots.
Pierre Amade, et pourquoi lui
La filiation prouvée part de Pierre Amade, bourgeois et consul de Castelsarrasin. Non parce qu’il serait le plus ancien — il ne l’est pas — mais parce qu’il est le plus ancien qu’un acte relie sûrement au suivant.
Pierre Amade, bourgeois et consul de Castelsarrasin, est l’aïeul que nous sommes obligés de considérer comme le plus ancien, puisque nous pouvons remonter à lui en vertu de son acte de mariage. Régulièrement notre filiation est donc établie jusqu’à lui sans interruption.
Un piège d’homonymie, signalé par l’auteur
Deux Pierre Amade vivaient à Castelsarrasin dans les mêmes années. L’un avait épousé une Poumarède, l’autre une Marie Lagarde. Le recueil prend soin d’avertir : « Il résulte de cet acte que le nom de Pierre était porté par deux membres de la famille Amade, et qu’ils n’étaient pas à confondre. » Sur les registres d’une petite ville où les mêmes prénoms reviennent sans fin, c’est la première difficulté de toute généalogie sérieuse — et celle que les généalogies complaisantes escamotent.
Une ascension en trois métiers
Ce qui frappe, en lisant les actes de 1655 à 1730 dans l’ordre, c’est la régularité de la montée. Elle passe par trois canaux, employés simultanément.
La ville. Pierre est consul ; Bernard son fils l’est aussi. Deux générations dans la magistrature municipale, c’est déjà une position.
L’Église. La famille place Guillaume, prêtre et docteur en théologie ; Joseph, prêtre également, installé en 1726 « dans la possession des droits et honneurs de la place de consort de Saint-Maur et de Saint-Alpinian » ; Marie-Anne, reçue en 1718 chez les Carmélites de Lectoure. Un Jean Amade est curé de Saint-Sauveur, docteur en sainte théologie, et sert de témoin aux mariages de ses neveux.
Le droit. Chaque contrat de mariage aligne des avocats au parlement, des notaires royaux, des bacheliers en droit. Le réseau se construit acte après acte.
L’acte qui change tout
Le 20 octobre 1728, Pierre-Guillaume Amade, bourgeois de Castelsarrasin, épouse Jeanne de Linas, fille de feu Pierre de Linas, seigneur de Joye, et de Jeanne de Faudoas de Séguenville.
Ce contrat est la charnière du recueil tout entier. Il apporte trois choses à la fois : une terre noble, dans la juridiction de Montech ; une qualité, celle de seigneur ; et, par la mère de la mariée, une ascendance qui remonte à 1260.
Soixante ans plus tard, c’est à ce titre que la lettre de convocation de septembre 1789 s’adressera à « M. d’Amade, seigneur de Joye ».
Il y a, dans cette montée-là, quelque chose de plus intéressant qu’un anoblissement d’éclat. Personne n’a rendu de service signalé, gagné de bataille, servi le roi de près. On a été consul, prêtre, notaire, propriétaire ; on a bien marié ses filles ; on a conservé ses papiers. En quatre générations, cela suffit.
Nous sommes au moins très-certains qu’ils n’ont jamais forfait à l’honneur, et que nous pouvons jouir fièrement de l’humble blason qu’ils nous ont légué.
Origine de la famille Amade