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dAmade

Chapitre 5 · 1886-1894

L’homme au tambour

Pourquoi ce recueil existe, et ce qu’il vaut

Un livre de famille est presque toujours un plaidoyer. Celui-ci l’est aussi. Mais il a une qualité rare : il publie les pièces qui le contredisent. C’est à cela qu’on reconnaît un document utile.

Tout part d’un remords d’enfance, et d’une phrase que son auteur aurait pu ne pas écrire.

Le tambour

L’avant-propos du tome premier, signé à Toulouse le 30 septembre 1886, s’ouvre sur une confession. Enfant aux Barayroux, le futur sous-intendant militaire avait un tambour — une petite caisse ayant appartenu à son oncle de Montbrun. Le vieux Pierre, le jardinier, ancien soldat, lui avait donné le goût de l’instrument en lui racontant la bataille de Toulouse.

Il fallait entretenir cet instrument. Et les peaux se remplaçaient bien avec du parchemin détrempé.

Que de preuves authentiques de notre parenté avec les plus vieilles et les plus honorables familles du pays ont disparu sous mes coups de baguettes !

Cinquante ans plus tard, il entreprend de reconstituer ce qu’il a détruit. Le recueil est une réparation.

Le programme

L’avant-propos énonce une méthode, et elle est bonne :

Je mettrai en tête, par ordre de date, l’analyse de tous ceux qui sont relatifs à la famille de nos aïeux paternels… Puis, reprenant par ordre d’ancienneté les documents certains des familles de nos aïeules, je reproduirai successivement, par date, l’analyse des contrats ou faits officiels concernant leurs familles.

Classement chronologique, indication systématique de la source, distinction entre l’acte et le commentaire : ce sont les règles de l’édition savante, appliquées par un officier d’intendance à ses papiers de famille. Il les tient de son autre métier — il avait publié, en 1873, un traité de référence sur les ordres honorifiques français et étrangers, avec vingt-cinq planches et cent quarante-deux gravures.

Le plaidoyer

Il faut dire aussi ce que le recueil veut obtenir, car il ne s’en cache pas. Trois thèses le traversent.

Que la famille était noble avant 1815. L’avant-propos en fait l’argument central : «  il est permis de croire que [les preuves] ont été produites et que notre famille a été considérée comme appartenant à la noblesse bien avant la révolution de 1789  ».

**Que le nom se prononce et s’écrit d’Amade.** Le recueil y revient dix fois, et finit par produire un testament notarié de 1789 où le nom est écrit Damade «  chaque fois qu’il figure  » — preuve, dit-il, que la particule se prononçait déjà.

Que l’ascendance touche aux maisons souveraines du Midi. C’est l’objet de la Note généalogique du tome second, qui construit, par les Béon, une communauté d’origine avec les Foix, les Navarre, les Béarn et les Albret.

Un mot sur la troisième thèse

Elle est construite honnêtement — l’auteur donne ses deux actes, de 1204 et de 1466, et dit exactement ce qu’il en tire : une communauté d’origine, non une filiation. Mais elle relève d’un genre : celui des généalogies du second XIX<sup>e</sup> siècle, où l’on remontait volontiers jusqu’aux princes. On l’a reproduite ici intégralement, avec cette réserve.

Ce qui rachète tout

Un recueil de complaisance aurait supprimé quatre pièces.

Il aurait supprimé le congé de l’an III, qui montre le père de l’auteur servant la République avec distinction, alors que le même avant-propos le décrit en adversaire armé des républicains.

Il aurait supprimé l’acte de naissance d’Albert d’Amade, qui place sa naissance à Toulouse et non au manoir familial.

Il aurait supprimé l’aveu de la génération manquante chez les Faudoas : «  il n’a pas été possible de trouver les actes relatifs à son alliance ; on présume cependant…  »

Il aurait surtout supprimé la note sur les deux Pierre Amade de Castelsarrasin, qui prévient le lecteur d’une confusion possible dans la filiation même que le livre entend prouver.

Je désire et j’entends ne vous laisser que des documents certains, et auxquels vous puissiez plus tard rattacher ceux que le temps ou les circonstances vous permettront de classer.

La fin

Le second volume n’a pas d’épilogue. Il s’achève sur les lettres de condoléances reçues après le 5 décembre 1892 — celle du colonel de Sainte-Croix depuis Monaco, celle de l’amiral Gicquel des Touches, celle du vicomte de Poli au nom du Conseil héraldique — puis sur une notice nécrologique tirée de l’Armorial français, et sur le blasonnement.

L’homme qui avait entrepris de sauver les papiers de sa famille est mort au milieu de l’ouvrage. Ce sont ses enfants qui l’ont achevé, en y versant le récit de ses derniers jours : son dernier dimanche de travail à la Caisse d’Épargne, ses comptes arrêtés de sa main, et cette phrase transmise pour son beau-frère quelques heures avant la fin :

Vous lui direz que j’espère bien que Dieu nous gardera quelques arpents de terre dans la vallée de Josaphat, où nous pourrons chasser ensemble.


Les deux volumes sont aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de France, numérisés et libres de droits. Ce site en est l’édition intégrale : la méthode suivie est décrite en détail.